La maison du maître

Après nous avoir fait visiter la « courée », où logeaient des ouvriers de la tuilerie, Mme Samia Chabani, de l’association Ancrages, nous a fait découvrir la villa l’Emilienne, où vivaient autrefois la famille Martin Frères, propriétaire de la tuilerie du même nom. Nous y avons été reçus par l’actuel propriétaire — M. Barach —, qui y a installé son entreprise.

C’est une très grande et très belle maison de trois étages et quatorze fenêtres en façade. Elle possède deux tours sur le côté, qui la font ressembler à un château. Samia Chabani, nous a expliqué que les fenêtres donnaient sur la tuilerie, comme ça M. Martin pouvait surveiller à tout moment son usine.

Sur le côté droit de la maison, il y a une dépendance toute décorée de « rocailles » qui sont des sortes de sculptures en plâtre qui imitent la pierre. Une dépendance est un endroit où l’on peut installer une cuisine et un salon d’été pour recevoir du monde. Derrière la dépendance, il y a une ferme, aujourd’hui à l’abandon, qui permettait à la famille Martin de se nourrir sans avoir rien besoin d’acheter et même de vendre ses produits aux commerces de Saint-André. On y élevait des volailles des vaches et des cochons et il y avait une grande campagne pour faire le potager et un verger. Dans un hangar, où il y avait des matériaux de construction et des détritus, nous avons vu deux immenses canapés en velours, à l’abandon. Ces canapés d’au moins cinq mètres de long étaient destinés à former ensemble un demi cercle. On imagine la taille que doit avoir le salon dans lequel ces canapés étaient installés ! Cela nous a donné une idée du luxe dans lequel devait vivre la famille Martin ; surtout si on compare avec l’habitat des ouvriers. Le propriétaire nous a autorisé à ramasser des morceaux de tuiles et de carreaux qui trainaient dans le jardin. Nous les avons ramenés à l’école, pour enrichir notre collection.

Elliot, Keyllian, Sophie, Laura, Marla, Saoirse et Tarek

 

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Deux vues de la villa Emilienne

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Détail d’une rocaille

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Un des deux canapés qui meublaient autrefois un salon de la villa

Un habitat ouvrier : la courée

Mardi 22 janvier, Samia Chabani, de l’association Ancrages, a organisé pour nous une visite de l’ancien quartier des tuileries à Saint-André. Nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs témoins, au cours de cette visite, dont Annie, une des dernières habitantes de la courée située à l’impasse Rey. Annie Galves a plus de quatre-vingt ans, elle est veuve, comme les deux autres dames qui vivent là. Il y a aussi un monsieur, plus jeune, qui habite un des logements de la courée.

Mais d’abord, qu’est-ce qu’une courée ?

C’est un petit ensemble de logements construit pas les propriétaires des tuileries pour loger leurs ouvriers. Ces logements sont disposés sur deux rangées avec une cour commune très étroite. Le nom de « courée » vient sans doute de cette cour commune à tous les habitants.

Les logements sont petits, ils n’ont pas d’étages et comptent quatre pièces au maximum.

Annie nous a dit que des familles avec quatorze enfants y ont vécues, à l’époque où son propre mari travaillait aux tuileries, c’est-à-dire il y a une quarantaine d’années.

À cette époque, il n’y avait pas encore l’eau courante dans les logements et tout le monde devait se débrouiller avec une grosse caisse à eau située au fond de la cour. Une caisse à eau est un grand réservoir posé en hauteur afin qu’il y ait un peu de pression et qui était alimenté au goutte à goutte avec l’eau de la ville. Chaque famille pouvait y prendre l’eau dont elle avait besoin pour la journée, mais à tour de rôle, car il fallait économiser cette eau. Les habitants les plus anciens se servaient les premiers.

Pour faire leur toilette, les habitants de la courée utilisaient l’évier. Il n’avaient pas de douche et se lavaient avec un simple gant et à l’eau froide.

Il n’y avait pas non plus de W-C et les gens utilisaient une « tinette ». La tinette est une sorte de seau dans lequel on fait ses besoins. Chaque matin, le « pistou » passait avec sa charrette et sa grande cuve pour récupérer le contenu des tinettes. Le « Pistou », c’est le nom que l’on donnait au monsieur qui faisait ce travail.

Annie nous a dit que les familles qui vivaient dans la courée s’entraidaient beaucoup ; quand il y avait des travaux de réparation ou d’amélioration, tout le monde s’y mettait. Par contre, elle nous a dit aussi que le tuilier, qui était propriétaire de la courée, n’a jamais fait de réparations ni d’amélioration des logements qu’ils louaient à ses ouvriers.

Depuis les années 1970, les habitants ont l’eau courante et le tout-à-l’égout qui leur permet d’avoir des W-C.

La courée de l’impasse Rey a été revendue à une société civile immobilière et Annie ne sait pas si elle pourra y rester jusqu’à la fin de ses jours, ce qu’elle souhaiterait car elle y a ses amies.

Tarek, Kiyan, Laura, Sabrina, Saoirse, Luka, Driss et Soni

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La courée de l’impasse Rey, à Saint-André

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Tampons d’estampilles

Avec Jean-François, nous avons réalisé des tampons d’estampilles pour notre exposition au J1, en mai. Ces tampons feront partie d’une composition artistique que nous vous dévoilerons bientôt.

Nous avons d’abord choisi des tessons de tuiles comportant une inscription en relief (positive) ou en creux (négative).

Autour des inscriptions en creux, nous avons dressé une petite enceinte en « plastiline », une sorte de pâte à modeler.

Avec les inscriptions en relief, nous avons d’abord pris une empreinte avec de la plastiline, en appuyant très fort, car cette matière est beaucoup moins souple que la pâte à modeler. Autour de l’empreinte, nous avons également dressé une petite enceinte de façon à former un moule.

IFMoule « positif »                                                               Moule « négatif »

Nos moules étaient presque prêts ; il nous fallait encore les graisser pour faciliter le démoulage. La matière que nous y avons coulée est du « silicone liquide », de couleur rouge, auquel nous avons ajouté un « durcisseur ». En durcissant, le silicone ressemble à du caoutchouc. Il met environ 12 heures pour durcir.

Une fois démoulés, nos tampons seront collés sur un petit tasseau de bois et teinté avec de l’encre.

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Clara, Elliot, Chaïnèze, Loïc, Assia, Karim, Farès et Merwan

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Des écrins bleus pour diamants rouges

Pour notre exposition du mois de mai, au J1, nous avons créé des écrins bleus,  afin de mettre en valeur des tessons de tuiles que nous avions récoltés au cours de nos recherches sur le terrain.

C’est Jean-François qui nous a aidé à réaliser ces œuvres.

D’abord, nous avons construit des petits cadres en assemblant des tasseaux de bois au moyen de pistolets à colle. Un fois l’assemblage réalisé, il a fallu poncer les coins pour que tout soit bien propre.

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Ensuite, nous avons posé notre cadre sur une plaque de contreplaqué de mêmes dimensions et nous l’avons rempli de pâte à papier, colorée en bleu. Nous avons bien aplati et essoré la pâte à papier avec une petite plaque, puis nous y avons incrusté un tesson de tuile que nous avions choisi auparavant.

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Nous avons réalisé ainsi une quinzaine d’écrins bleus que nous avons mis à sécher sur une étagère de la classe.

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La semaine suivante, tout était bien sec et nous avons pu achever nos œuvres en repassant sur le papier mâché de la peinture acrylique bleue, car c’était devenu trop pâle en séchant. Nous avons également collé les cadres sur le support en contreplaqué.

Nos écrins seront exposés côte à côte, sur une ligne, à la manière d’une collection.

Voilà comment nous avons transformé des tessons de tuile trouvés parterre en objets artistiques.

Marla, Marwan, Rio, Keyllian, Jenna et Romain.

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par tempsdesirenes Posté dans Ateliers

Des dessins, en veux-tu en voilà !

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L’usine « Saumaty ». Dessin de Jenna

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Voilier au quai de Saumaty, début du XXe siècle. Dessin de Laura

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Chargement manuel des tuiles, vers 1950. Dessin de Driss

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L’usine Arnaud Etienne. Dessin de Saoirse

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Tuilerie. Dessin de Sabrina

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Tuilerie. Dessin de Marla

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Le creux du Pilo. Dessin d’Assia

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Tuilerie. Dessin de Clara

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Tuilerie Arnaud Etienne. Dessin de Keyllian

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Tuilerie Arnaud Etienne. Dessin de Marla

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Tartane. Dessin de Kiyan

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Presse mécanique. Dessin d’Elliot

paysage usine sophie

Paysage. Dessin de Sophie

paysage usine saoirse

Paysage. Dessin de Saoirse

paysage usine luka

Paysage. Dessin de Luka

paysage usine laura

Paysage. Dessin de Laura

paysage usine keyllian

Paysage. Dessin de Keyllian

paysage usine clara

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Un ouvrier transporte un lot de tuile cuites sur un « caroline ». Dessin de Driss

Paysage. Dessin de Clara

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Façade de la villa l’Emilienne. Dessin de Jenna

maison maitre keyllian

Autre vue de la villa l’Emilienne. Dessin de Keyllian

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La maison du directeur de la Tuilerie Guichard. Dessin de Clara

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Le coin des célibataires dans le bidonville de la Laurette. Dessin de Merwan

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La courée de l’impasse Rey. Dessin de Romain

caroline tarek

Les ouvriers transportent les tuiles cuites dans les « carolines ». Dessin de Tarek

affiche clara

Reproduction d’une affiche de la S.G.T.M. Dessin de Clara

par tempsdesirenes Posté dans Dessins

La tuile Abeille

L’estampille de la tuilerie Jean Roubaud, c’était l’abeille. André Gheysens a fait partie du bureau d’étude qui a inventé la tuile abeille « romane » qui est une tuile ronde avec une partie mécanique. C’est la tuile la plus commercialisée actuellement. Il nous a raconté qu’il a donné au Musée d’Histoire de Marseille, une grande dalle en céramique avec toutes les estampilles des tuileries gravées dessus. C’est un cadeau qu’il avait reçu de la Société Générale des Tuileries de Marseille pour son départ à la retraite. Mais, en ce moment, le Musée d’histoire est fermé, car il est en cours de rénovation. On espère qu’il va ouvrir de nouveau avant la fin du mois de juin, car nous aimerions bien voir cette plaque. André Gheysens ne sait pas pourquoi l’abeille est la seule estampille des tuileries qui soit restée. Toutes les autres ont disparu.

Keyllian

tuile abeille marwan2Tuile abeille vue de dessus. Dessin de Marwan

tuile abeille jenna2Tuile abeille vue de dessous. Dessin de Jenna

Le Comité d’entreprise

André Gheysens nous a parlé du Comité d’entreprise qui a été voté par une Loi en 1945. Le comité d’entreprise, c’est une institution qui représente le personnel. Les entreprises qui emploient au moins 25 personnes sont obligées d’en avoir un. André Gheysens a été le secrétaire du Comité d’Entreprise de la tuilerie Roubaud pendant des années.

Il nous a dit qu’il y a deux sortes de collège : le collège des cadres, qui représente les ingénieurs et les contremaîtres, et le collège des ouvriers. Ils doivent s’inscrire sous une étiquette syndicale : CGT, CFDT, FO, etc. Il y a toujours un responsable syndical dans les réunions.

Le comité d’entreprise est constitué par des personnes qui travaillent dans l’usine.

Il y a un Président, c’est le patron de l’usine, un Secrétaire qui est élu par les deux collèges et un Trésorier. C’est le secrétaire qui a la responsabilité du Comité d’entreprise sur beaucoup de plans : sur le plan hiérarchique, sur le plan financier, sur le plan social aussi.

Les membres du Comité d’entreprise se réunissent au moins une fois par mois pour parler d’un certain nombre de projets : améliorations des conditions de travail, amélioration des machines, modifications de la durée du travail ou de l’organisation du travail, etc. Il faut avoir l’avis du Comité d’entreprise pour toute modification du Règlement Intérieur.

Le Comité d’entreprise est obligatoirement convoqué quand il y a un licenciement collectif pour motif économique, par exemple quand l’entreprise veut remplacer des ouvriers par des machines. Il peut y avoir des réunions supplémentaires qui se font à la demande du Président pour traiter un problème important.

Mais le Comité d’entreprise s’occupe aussi des actions sociales : l’aide au logement des employés, l’arbre de Noël (les cadeaux pour les enfants et le personnel), les fêtes de Pâques, les sorties culturelles, les colonies de vacances… Il peut aussi attribuer des secours aux personnes en difficultés.

Le secrétaire est alors assisté du trésorier qui a le carnet de chèques et les chèques émis doivent avoir les deux signatures : la signature du secrétaire et la signature du trésorier. L’argent que détient le Comité d’entreprise, est une somme basée sur un pourcentage du Chiffre d’Affaires ou un pourcentage des sommes distribuées au titre des salaires.

 Clara, Driss, Sabrina, Kiyan

arbre de noel marla2L’arbre de Noël de la SGTM. Dessin de Marla

Les engins

Savez-vous qu’en 1970, pour exploiter le creux d’argile du Pilot, il y avait des dizaines de bulldozers, des chargeurs et une vingtaine de gros camions qui faisaient des va-et-vient dans la carrière et descendaient dans le trou ? André Gheysens était responsable de tout cet équipement et des personnes qui l’utilisaient, depuis l’extraction de l’argile jusqu’à la fabrication des tuiles. Il y avait une soixantaine d’employés sous ses ordres, qui représentaient tous les corps de métiers de la tuilerie Roubaud.

Elliot, Karim, Sony

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Engin dans une carrière. Dessin de Romain

La situation des tuileries dans les années 1970

André Gheysens nous a dit que la plupart des tuileries du Bassin de Séon avaient fermé dès les années 1960, car il y avait moins de débouchés à l’étranger et une concurrence importante avec les tuileries de la région d’Alsace Lorraine et des Charentes. Seules les entreprises qui avaient su se moderniser, en s’équipant notamment du four tunnel, avaient survécu. À son époque, en 1973, il ne restait, dans le Bassin de Séon, que les trois usines Jean Roubaud où il travaillait, et l’usine Joseph Fenouil qui fabriquait des mallons. Il y avait aussi l’usine de La Plata qui était à la place du Collège de l’Estaque et qui fournissait en tuiles l’Argentine et plus généralement l’Amérique du Sud.

Marwan

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Rencontre avec André Gheysens

Mardi 4 décembre, André Gheysens est venu dans notre classe pour nous parler de son poste d’ingénieur à l’usine Jean Roubaud, l’une des dernières tuileries du Bassin de Séon, mais aussi pour nous raconter l’histoire des tuileries à Marseille. À 79 ans, il est aujourd’hui à la retraite. Né à Marcq-en-Barœul, près de Lille, il est venu à Marseille à l’âge de 18 ans, rejoindre ses parents, qui avaient été mutés. Après son baccalauréat, il a fait des études à l’école des Arts et Métiers de Lille pour devenir ingénieur mécanicien. Il a commencé à travailler dans les tuileries à 40 ans comme ingénieur de maintenance. C’est lui qui était responsable de la bonne marche des engins qui travaillaient dans la carrière. Il arrivait du Maroc où il était responsable des installations de chargement sur le Port de Casablanca, puis ingénieur à la Cellulose du Maroc. Il s’occupait de toute la maintenance de cette usine qui fabriquait de la pâte à papier.

Marwan, Luka, Farès, Keyllian, Saoirse, Laura, Jenna, Assia, Loïc

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André Gheyssens