L’expansion des tuileries (1840-1895)

À cause de la présence importante d’argile, on a toujours produit des tuiles dans le bassin de Séon, et cela depuis l’antiquité.
Mais cette production s’est vraiment développée au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. En effet, à partir de 1840, le nombre de tuilerie et briqueteries est devenu plus important et le nombre d’ouvriers qui y travaillaient aussi.
En quelques dizaines d’années, on est passé de petites fabriques, comptant en moyenne 2 à 3 employés (en 1820), à des usines où travaillaient une soixantaine de personnes (en 1894).
Nous avons cherché à comprendre pourquoi ont eu lieu de tels changements.
Nous avons réfléchi et nous avons fait les hypothèses suivantes :
— La production de tuiles et de briques a augmenté grâce à des découvertes technologiques.
— Le demande de tuiles a dû également augmenter, sinon il n’y aurait pas eu autant de création d’usines ni autant d’ouvriers employés dans celles-ci.

En étudiant des données que le maître nous avait apportées, nous avons pu confirmer ces hypothèses et les préciser.

Le rôle de l’innovation technologique :
Trois inventions ont permis de produire beaucoup plus de tuiles :
— En 1848, la tuile mécanique plate, qui consomme moins d’argile et qui permet de faire de plus grandes fournées ;
— En 1850, les presses à vapeur, qui permettent de fabriquer 5000 tuiles plates par jour ;
— En 1870, le four Hoffmann, à feu continu, qui permet de produire des tuiles nuit et jour, sans interruption, et qui est introduit dans les tuileries marseillaises, à partir de 1880. Cette invention va entraîner une baisse du nombre des entreprises (celles qui ne sont pas équipées, disparaissent), mais pas une diminution du nombre d’ouvriers, au contraire.

D’autres éléments sont intervenus dans l’essor de la production, notamment la découverte d’énormes gisements d’argile mis à jour par le chantier de la voie ferrée Marseille-Avignon, dans les années 1840 et l’arrivée de l’eau du canal de Marseille dans le Bassin de Séon.

L’augmentation de la demande de tuiles et de briques :
Entre 1820 et 1894, on passe d’une production de 10000 tonnes par an à une production de 300000 tonnes par an.
Cela ne peut s’expliquer que si le marché des tuiles a lui même augmenté.
Là aussi, des données nous ont permis de comprendre ce qui s’est passé au cours du XIXe siècle.
Entre 1840 et 1880, la population de Marseille est passée de 150000 à 360000 habitants et il a fallu construire des maisons et les couvrir.
En 1853, le nouveau Port de la Joliette est inauguré et Marseille devient alors un des grands ports de la Méditerranée. Du coup, les tuiles qui y sont produites peuvent être commercialisées dans une grande partie de l’Empire colonial (Afrique du Nord, Levant, Afrique de l’Ouest).
En 1848, c’est l’inauguration de la voie ferrée Marseille-Avignon, qui reliera plus tard Paris. Les tuiles de Marseille peuvent du coup être vendues dans d’autres villes de France.
En 1869, le canal de Suez ouvre les voies maritimes vers l’orient et le Pacifique. On exporte des tuiles du Bassin de Séon jusqu’en Australie et en Nouvelle-Zélande, mais aussi en Indochine, où la France possède une colonie.

Conclusion : l’expansion des tuileries du Bassin de Séon, au cours du XIXe siècle, s’explique bien par l’augmentation des capacités de production et par l’ouverture de nouveaux marchés.

Texte Collectif

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Graphique de l’évolution des usines et de la production au cours du XIXe siècle

L’empire S.G.T.M.

En 1901, la S.G.T.M. regroupe neuf fabricants du Bassin de Séon. Mais, rapidement, d’autres tuiliers vont s’y associer, comme le montre cette affiche publicitaire qui date des années 1920.

C’est une affiche rédigée en Espagnol, donc à destination de ce pays.

La SGTM y est représentée par un aigle — symbole des empereurs — dominant le monde et entouré par une couronne composée des emblèmes de chaque tuiliers. Entre les ailes de l’aigle, au sommet, les fabricants les plus importants de la SGTM : Pierre Amédée (cœur surmonté d’une flamme), Roux frère (cœur) et Arnaud Etienne (croix de malte).

En bas à gauche de l’affiche, un planisphère représente en rouge et en rose tous les pays où sont exportés les tuiles et les briques de la SGTM. On remarque que cela concerne les cinq continents.

En bas à droite, il y a un dessin du Bassin de Séon (de l’Estaque à Saint-André) où l’on voit toutes les fabriques.

Dans le texte de l’annonce, on précise que la SGTM regroupe 35 usines à vapeur (donc moderne pour l’époque) et produit 250 millions de tuiles et de briques par an.

Texte collectif

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La Société Générale des Tuileries de Marseille (S.G.T.M.)

La S.G.T.M. et Cie a été créé en 1901 par les tuiliers du Bassin de Séon. L’idée était de s’associer pour mieux vendre la production de chacun, plutôt que de se faire concurrence. Le document ci-dessous donne un exemple de l’intérêt de cette association.

C’est un document d’archive qui date de 1901 et montre le plan d’embarquement d’un navire destiné à un client basé en Australie. Il est signé par l’un des directeurs de la S.G.T.M. Le voilier qui embarque les tuiles est anglais. Il n’appartient pas aux tuiliers, mais en s’associant, ils ont pu le louer pour lui faire traverser les océans jusqu’à Melbourne, sa destination.

On remarque que les tuiles sont rangées à des endroits précis du bateau, en fonctions des marques. Il y a des tuiles de Guichard Frères, de Guichard Carvin et Cie et de Pierre Sacoman. Il y a des tuiles plates (mécaniques) et des tuiles faitières (pour le sommet et les arêtes des toits). Le directeur précise que les lots des différentes marques sont séparés par des nattes et des planchettes peintes en bleu. Ainsi, chaque tuilier peut préserver sa marque tout en collaborant avec ses concurrents pour vendre ses produits.

Texte collectif

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logo sgtm saoirse2Logo de la S.G.T.M. et Cie. Dessin de Saoirse

De la fabrique à l’usine

En classe, nous avons étudié et comparé deux images de tuilerie-briqueterie. La première date du XVIIIe siècle et la seconde du début du XXe siècle. Nous avons relevé toutes les différences entre ces images pour bien comprendre ce qui a changé entre la fabrication artisanale des tuiles et des briques et leur fabrication industrielle.

Voici les différences que nous avons relevées :

Dans l’usine, il y a deux cheminées très hautes (donc deux fours), alors que dans la fabrique il n’y en a qu’une seule, très basse.

Dans l’usine, les bâtiments sont nombreux, très grands et possèdent beaucoup de fenêtres, alors que dans la fabrique il y a un petit bâtiment, avec peu de fenêtres, dans lequel on trouve le four et l’atelier.

Dans la fabrique, les tuiles et les briques sont mises à sécher dehors, alors qu’à l’usine elles sèchent dans un bâtiment particulier — le séchoir —, situé juste au-dessus des fours.

Dans l’usine, l’espace extérieur sert à stocker les produits finis, avant leur départ.

Dans la fabrique, tout est fait, par des hommes et des femmes, alors que dans l’usine, il y a des moyens de transport importants (des charrettes tirées par des chevaux) et des machines qui exécutent certaines tâches, comme le pressage.

Même si ce n’est pas bien visible sur l’image, on peut deviner que de très nombreux ouvriers s’activent dans les bâtiments de l’usine, alors que la fabrique fonctionne avec quelques personnes seulement.

Enfin, une usine produit beaucoup plus de tuiles qu’une fabrique et elle est obligée de les entreposer dans ses locaux et à l’extérieur, alors que la fabrique produit souvent sur commande et n’a pas besoin de faire des stocks.

Texte collectif

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Une fabrique de tuiles. Dessin de Marwan, d’après une gravure de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

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L’usine Arnaud Etienne, vers 1900.
Dessin de Saoirse, d’après une image d’archive