L’aventure des Tartanes

Vendredi 22 mars, M. Eric Benente, qui est professeur de technologie dans un collège, est venu nous parler de sa passion : les bateaux à voile latine, en particulier les « tartanes ». Il possède lui-même une « bette », qui est une petite barque marseillaise traditionnelle qu’il a restaurée lui-même et que l’on peut voir au port de Saumaty. Eric Benente a fait des recherches historiques sur les tartanes et il nous en a fait profiter en classe.

Mais d’abord, qu’est-ce qu’une « tartane » ? C’est un bateau en bois, à voiles « latines ». Ces voiles, de forme triangulaires, ne sont pas tenues par le mât et la bôme ; elles sont accrochée à une longue vergue oblique que l’on appelle « l’antenne », cette dernière étant suspendue au mât. En plus de la grand-voile, qui s’appelle la « mestre », on peut gréer d’autres voiles : la « polacre », le « foc » et la « flèche ». Une tartane mesurait entre 15 et 25 m de long et environ 6 m de large (voir le schéma ci-dessous).

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Schéma de Clara

Les tartanes naviguaient surtout au XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle (certaines étant alors équipée d’un moteur). Il n’en reste plus actuellement qui soient en état de marche, en France en tout cas.
Les tartanes étaient utilisées pour transporter des matériaux, en particulier des tuiles, des carreaux et des briques ; on s’en servait aussi pour la pêche. Dans le bassin de Séon, elle servaient à acheminer les produits des tuileries jusqu’au Vieux port ou à la Joliette où ces produits étaient chargés sur des gros navires de transport. Il faut dire que la route du littoral n’a été construite qu’au début du XXe siècle et que ce moyen de transport par mer a été longtemps le plus économique qui soit.

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Tartane entrant dans le Port de la Joliette. Dessin de Merwan

Une tartane pouvait en effet charger jusqu’à 7000 tuiles qu’il fallait bien répartir pour ne pas déséquilibrer le bateau. Un lest, constitué de mallons, assurait également l’équilibre (d’où le nom de « tartane mallonière »). Eric nous a dit que, fort heureusement, les tartanes coulaient difficilement car elles étaient en bois. S’il arrivait que l’on embarque trop d’eau à cause des vagues, les marins jetaient la cargaison à la mer.

Accroché à l’arrière de la tartane, il y avait le « baquet », une petite embarcation à rames qui servait à sortir la tartane du port et qui pouvait servir aussi de bateau de secours.

L’équipage se composait du capitaine, d’un marin et d’un mousse (jeune apprenti âgé de 14-15 ans). Comme la manœuvre des voiles était très difficile, c’était généralement le mousse qui tenait la barre pendant que le capitaine et le marin s’occupaient de manœuvrer l’antenne qui était très lourde.

À la fin de son témoignage, Eric nous a fait une surprise. Au cours de ses recherches, il a retrouvé le bateau qui a servi de modèle à notre estampille « mystérieuse » (1). C’est une tartane un peu particulière, appelée « martingana », dont la voile principale, la « mestre », a été remplacée par des voiles carrées. Ainsi, le mystère de notre estampille est maintenant entièrement résolu.

(1) voir l’article https://tempsdesirenes.wordpress.com/2012/10/16/lestampille-mysterieuse

Texte collectif

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Martingana. Dessin de Luka. En haut à droite, notre estampille mystérieuse

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Mémoire(s) des bidonvilles

Mardi 5 mars, nous avons reçu des témoins qui sont venus nous parler des bidonvilles qui existaient encore récemment dans le Bassin de Séon.

C’est l’association Ancrages qui avait organisé cette rencontre. Il y avait trois témoins : Mme Zora Emerard, qui a vécu au bidonville de la Lorette, à Saint-André (et qui est la maman de Driss, élève de notre classe), Mme Saliha LEBRACHE, ancienne habitante du terrain Michel, à Mourepiane et M. Ali Amouche, fondateur de l’association des habitants de la Lorette et actuellement directeur de l’APEQ (Action Pour l’Emploi dans les Quartiers).

Nous avons discuté avec eux à partir d’un diaporama préparé par Emilie Francez, d’Ancrages, et de courtes séquences d’un film documentaire intitulé : « Lorette, le dernier bidonville » (1)

Grâce à cette rencontre avec des témoins, nous avons appris pourquoi il y a eu des bidonvilles dans le Bassin de Séon et quel rapport il y avait entre ces bidonvilles et les tuileries. Nous avons aussi appris qui avait construit ces habitats précaires, comment on y vivait et comment les habitants ont finalement été relogés.

(1) Un film de Bruno Victor-Pujetbet, 1995, IO production, Image Plus.

Keyllian, Marla et Marwan.

Qu’est-ce qu’un bidonville ?

Un bidonville est une sorte de village construit par les habitants eux-mêmes, à partir de matériaux de récupération : tôles, planches, briques, etc. Les habitations sont le plus souvent des « baraques », sans eau courante et sans électricité. Ces baraques sont construites dans l’urgence. Une des personnes interviewée dans le documentaire « Lorette, le dernier bidonville » raconte que ses parents ont construit leur logement en 24 heures !

À Marseille, comme dans d’autres grandes villes françaises, les bidonvilles étaient, au départ, des habitations provisoires, construites dans l’attente d’un vrai logement. Mais le provisoire, nous a dit Emilie Francez, « a duré parfois trente à quarante ans ! »

À l’Estaque, à St-Henri et à St-André, les bidonvilles ont été construits en « dur », à partir de briques, d’agglos, de ciment et de tuiles, car on pouvait s’en procurer facilement dans ces quartiers (2). Ce qui fait qu’ils ressemblaient vraiment à des petits villages. Les personnes qui y ont vécu étaient des travailleurs immigrés, venus principalement d’Afrique du Nord. Comme ils savaient qu’ils resteraient longtemps en France, ces travailleurs faisaient venir leur famille et construisaient une baraque dans l’attente d’un relogement. Mais ils ne cherchaient pas à en faire une vraie maison, ni même à en améliorer le confort car le terrain ne leur appartenait pas et ils pensaient vraiment que c’était du provisoire. Chaque année, raconte l’un des témoins, « on disait à mes parents qu’ils allaient être relogés, alors ils n’ont jamais voulu améliorer leur conditions de vie parce qu’ils étaient tout le temps sur le départ (3)».

(2) En plus des tuileries, il y avait en effet une grande cimenterie à l’Estaque.
(3) Témoignage de Karim, extrait du documentaire « Lorette, dernier bidonville ».

Assia, Karim et Loïc

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Le bidonville de la Campagne Fenouil, à l’Estaque

Pourquoi y a-t-il eu des bidonvilles en France ?

Les bidonvilles sont apparus en France après la Seconde guerre mondiale. Beaucoup de grandes villes avaient été bombardées et des quartiers entiers détruits. Il y avait beaucoup de réfugiés sans abris et une véritable crise du logement. Alors, les gens ont dû se débrouiller en attendant la reconstruction. Certains se sont installés sur des terrains vagues ou dans des camps aménagés par l’Etat, comme « le Grand Arénas », dans les quartiers sud de Marseille.

Comme il fallait beaucoup de main d’œuvre pour reconstruire le pays et faire tourner les usines, on a fait appel à des centaines de milliers de travailleurs étrangers : Algériens, Portugais, Yougoslaves, Polonais, Sénégalais, Maliens… Les Français sans abris ont été relogés en priorité dans de nouvelles cités, mais, selon les endroits, les travailleurs immigrés ont dû se contenter de construire eux-mêmes leur logements. C’est là que sont apparus les bidonvilles.

Ces bidonvilles ont été peu à peu « résorbés », c’est-à-dire détruit pour être remplacés par des cités ou des lotissements. Mais cela a pris des dizaines d’années, en particulier à l’Estaque et à Saint-André.

Kiyan

marseille detruite

Durant la seconde guerre mondiale, des quartiers entiers des grandes villes ont été détruits. Ici, le quartier de l’Hôtel de Ville.

Quels étaient les bidonvilles dans le Bassin de Séon ?

Le bassin de Séon a compté de nombreux bidonvilles. À l’Estaque, qui est un des plus petits quartiers de Marseille, il y en avait trois :

— le bidonville de Riaux, au pied de la cimenterie Lafarge, abritait une trentaine de personnes ;

— le bidonville de la rue Pasteur, construit sur un terrain vague, abritait environ 300 familles nombreuses, principalement d’origine Kabyle, ainsi qu’une trentaine de « célibataires » ;

— le bidonville de la Campagne Fenouil, installé sur un terrain appartenant aux tuileries, abritait lui aussi environ 300 familles nombreuses, dont une grande partie étaient des gitans rapatriés d’Algérie et le reste des Kabyles. Ce bidonville était situé juste derrière notre école.

À St-Henri, il y avait un petit bidonville, où a vécu Mme Lebrache. Il était installé lui aussi sur un terrain appartenant aux tuileries : la campagne Michel. Il y vivait une quarantaine de familles.

Enfin, à St-André, il y avait au moins trois bidonvilles : celui de la Laurette, où vivaient 158 famille et une dizaine de célibataires, celui de Grand Camp, dont nous ne savons pas combien de personnes y vivaient et celui de Ruisseau Mirabeau, où vivent encore une soixantaine de famille de Manouches qui s’étaient installés là parce qu’il y avait autrefois des usines qui traitaient le métal et que ces familles vivaient de la récupération des métaux.

Elliot, Chaïnèze, Rio et Merwan

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Le bidonville de Lorette

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Le bidonville de la rue Pasteur, peu avant sa démolition

Quels rapports entre bidonvilles et tuileries ?

Sur les six bidonvilles dont nous avons parlés, plus de la moitié étaient situés sur des terrains appartenant aux tuileries. Ce n’est pas un hasard. En effet, ces terrains ont été prêtés par la Société Générale de Tuilerie de Marseille aux ouvriers immigrés qui travaillaient dans ses usines, comme ça elle n’avait pas à construire de nouvelles cités ouvrières : « étant donné que mon père était ouvrier aux tuileries depuis plus de vingt ans, ils l’ont autorisé à habiter sur leur terrain. On s’est installés. Le matin on n’avait pas de maison, le soir, on en avait une et le lendemain on s’est retrouvés à l’école. D’autres familles d’ouvriers algériens ont fait pareil et, petit à petit, le bidonville de Lorette s’est construit. Mais si on ne travaillait pas aux tuileries, on ne pouvait pas s’installer là. Ensuite, chacun s’est mis a donner un bout de terrain soit à son neveux, soit à son cousin et, ainsi de suite. Et c’est là que toutes ces maisons ont commencé à pousser comme des champignons. [1]»

Il faut dire que les tuiliers possédaient plus de la moitié du territoire du Bassin de Séon (voir la carte) et que leurs terrains ne leur servaient plus, étant donné que la plupart des tuileries anciennes avaient fermées, au profit de trois usines ultramodernes construites à St-André.

Texte collectif


[1] Témoignage de Amar, extrait du documentaire « Lorette, le dernier bidonville ».

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Les terrains appartenant aux tuiliers, au moment de la construction des premiers bidonvilles
(extrait de « Emprise spatiale et paysagère de l’industrie de la tuile dans le Bassin de Séon », par Isabelle POLVERELLI).

L’eau, l’électricité et le chauffage

Zora nous a dit qu’à la Lorette il y avait l’eau courante dans les logements ainsi que l’électricité ; par contre, il n’y avait pas l’eau chaude. On se chauffait au bois, qui était récupéré dans la colline, en particulier par les enfants. Les maisons étaient très mal isolées et l’hiver il faisait froid. Pour prendre la douche, il fallait aller dehors, dans un abri spécialement aménagé où l’on pouvait faire du feu, mais comme les murs étaient plein de trous pour laisser la vapeur et la fumée s’échapper, on se gelait quand même l’hiver ! Dans d’autres maisons, les gens se lavaient dans la cuisine, dans des grandes bassines et, à ce moment là, tous les autres habitants devaient attendre dans une autre pièce ou dehors.

À la Campagne Fenouil et au bidonville de la rue Pasteur, il n’y avait pas l’eau courante, mais seulement deux fontaines pour tous les habitants. À la Campagne Michel, c’était pareil.

Alexandre

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Les enfants rapportent de l’eau à la maison

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Une des deux fontaines de la rue Pasteur

Les célibataires

Dans tous les bidonvilles du Bassin de Séon, il y avait un coin à part : celui des célibataires. C’était des travailleurs qui avaient laissé leur famille au pays ou qui n’étaient pas encore mariés. On ne leur permettait pas de vivre au milieu des familles. À la Lorette, les baraques des célibataires étaient moins bien construites que celle des autres habitants : elles étaient surtout faites de planches et de tôles. Ils n’avaient pas l’eau courante et devaient la chercher à la fontaine. En général, un célibataire restait seulement six mois sur douze en France et ils laissait alors la place à un autre célibataire pendant son absence. Du coup, il ne cherchait pas à améliorer son confort. À la Lorette, nous a dit Zora, les célibataires n’étaient pas intégrés à la vie sociale du bidonville : ils n’étaient pas invités aux fêtes, comme les mariages, l’Aïd ou les baptêmes. Peut-être que les pères de famille se méfiaient d’eux.

Texte collectif

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Les célibataires. Dessin de Merwan
(d’après une photographie de Jacques Windenberger)

La débrouille et le rôle des enfants

Quand on n’a pas grand-chose pour vivre, on doit inventer de quoi remplacer ce qui nous manque. Ainsi, les enfants du bidonville, qui n’avaient jamais de jouets neufs, récupéraient des jouets cassés qu’ils rafistolaient ou alors en construisaient de toutes pièces, avec des bouts de ficelles et des bouts de bois, comme les « lance-boulettes » ou le jeu du cerceau que l’on pousse avec un bâton et qu’ils réalisaient avec des jantes de vélo récupérées.

Souvent, les parents ne savaient pas écrire et parlaient difficilement le Français. Alors, c’était les enfants qui remplissaient les papiers administratifs car ils avaient appris à lire et à écrire à l’école. Zora, qui apportait chaque jour la « gamelle » à son papa qui travaillait à l’usine, nous a dit : « Ce sont les enfants qui s’occupaient des parents, plutôt que l’inverse et, quand on devenait adultes, on était obligé de rester avec nos parents parce qu’ils avaient encore besoin de nous ».

Quand les enfants sont devenus adultes, il y avait beaucoup moins de travail aux tuileries, car elles avaient presque toute fermées. Beaucoup de jeunes se retrouvaient au chômage. Du coup, certains d’entre eux ont inventé leur propre travail. C’est le cas de Karim qui a pu s’en sortir en récupérant des cagettes de bois sur le grand marché de fruits et légumes des Arnavaux et qui les revendait au détail.

Texte collectif

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Un commerce improvisé : le recyclage des cagettes

Les petits commerces et les métiers dans le bidonville

À Lorette, le village-bidonville, il y avait plusieurs types de commerces : un des habitants vendait ses poules et ses lapins et tenait une petite alimentation ; plusieurs marchands venaient de l’extérieur vendre de la viande, des ustensiles ménagers et même des vêtements ; l’un deux venait en triporteur. Il y avait aussi un marchand de glace qui venait de St-André en fourgonnette et puis les femmes du camp de gitans de la Bricarde venaient vendre des coupons de tissu aux femmes de Lorette, ce qui créa des liens entre elles. Enfin, un des habitants avait pris le rôle de chirurgien pour toutes les circoncisions ; un autre coupait les cheveux.

Driss

Un souvenir d’école

C’était bien utile d’apprendre à lire et à écrire pour les enfants du bidonville qui pouvaient ainsi aider leur maman à remplir les papiers administratifs. Mais ce n’était pas facile pour ces enfants qui ne parlaient pas toujours bien le Français quand ils débutaient à l’école. À l’époque, les classes étaient très chargées et parfois, les maîtresses plaçaient les élèves en difficulté au fond de la classe pour se concentrer sur les autres élèves. Et les enfants d’immigrés étaient souvent au fond.

Zora nous a raconté un souvenir de son année au CP qu’elle gardera toujours en mémoire. C’était après les fêtes de Noël. La maîtresse avait demandé aux élèves de dire ce que le Père Noël leur avait apporté. Quand ça a été au tour de Zora, elle lui a dit : « Toi, ce n’est pas la peine, tu viens du bidonville ». Ce jour-là, Zora s’est sentie humiliée.

Luka, Tarek et Farès

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Enfants du bidonville. Dessin de Assia

Monsieur le Président…

Mme Lebrache nous a raconté que, quand elle était jeune fille, à la fin des années 1970, elle souffrait tant de vivre dans une baraque de bidonville qu’elle a écrit au Président de la République. Elle lui a dit, avec ses mots, sa honte de marcher encore dans la boue, de vivre sans eau courante et sans chauffage, alors que presque tous les français avaient le confort moderne et tous les enfants la télévision, sauf ceux du bidonville. Pour elle, cette lettre était un cri de colère et elle n’en attendait pas de réponse. Pourtant elle en a reçu une et, l’année suivante, le Président Valéry Giscard d’Estaing est venu visiter les bidonvilles du Bassin de Séon. C’est à partir de cette époque que les premiers relogements ont eu lieu.

Clara, Laura et Sabrina

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Visite du Président de la république au bidonville Michel, en 1975

La fin des bidonvilles

Les bidonvilles du Bassin de Séon ont été détruits entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Celui de la rue Pasteur a été remplacé par une petite cité où les habitants ont été relogés. À la Campagne Fenouil, derrière l’école, on a construit une grande zone d’activité économique, avec des bureaux et des entreprises. Mais on a aussi construit un petit lotissement pour une vingtaine de familles gitanes qui étaient les dernières à habiter le bidonville et qui voulaient rester là. Les autres familles avaient été relogées auparavant à la cité la Castellane ou dans des petits immeubles de St-Henri. À la Campagne Michel, les gens ont été relogés dans une résidence construite juste à côté du bidonville.

À la Lorette, par contre, les choses ne se sont pas passées aussi bien. Le terrain a été vendu par les tuileries pour construire le plus grand centre commercial d’Europe : « Continent ». On a dit aux habitants du bidonville de partir, tout simplement. Mais ceux-ci ont découvert, un peu par hasard, que s’ils pouvaient prouver qu’ils avaient habité au moins trente ans à la Lorette, même si le terrain ne leur appartenait pas, ils pouvaient réclamer la propriété de leur maison. Ils se sont donc organisés pour défendre leurs droits. C’est là qu’est née l’Association des habitants de la Lorette. Cela ne leur a pas permis de rester, car la création du supermarché était jugée prioritaire par la Ville de Marseille. Cependant, cela leur a permis d’obtenir de l’argent en échange de leur départ. Quelques-uns n’ont pas voulu de cet argent et ont continué à résister un moment. C’est le cas de la famille de Zora. Mais, finalement, ils ont été expulsés par les forces de l’ordre et tout le monde a été relogé dans une petite cité qui porte le nom de leur ancien bidonville : Lorette.

Texte collectif

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Démolition du bidonville de la Campagne Fenouil

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Les nouveaux logements de la rue Pasteur

La tuile Abeille

L’estampille de la tuilerie Jean Roubaud, c’était l’abeille. André Gheysens a fait partie du bureau d’étude qui a inventé la tuile abeille « romane » qui est une tuile ronde avec une partie mécanique. C’est la tuile la plus commercialisée actuellement. Il nous a raconté qu’il a donné au Musée d’Histoire de Marseille, une grande dalle en céramique avec toutes les estampilles des tuileries gravées dessus. C’est un cadeau qu’il avait reçu de la Société Générale des Tuileries de Marseille pour son départ à la retraite. Mais, en ce moment, le Musée d’histoire est fermé, car il est en cours de rénovation. On espère qu’il va ouvrir de nouveau avant la fin du mois de juin, car nous aimerions bien voir cette plaque. André Gheysens ne sait pas pourquoi l’abeille est la seule estampille des tuileries qui soit restée. Toutes les autres ont disparu.

Keyllian

tuile abeille marwan2Tuile abeille vue de dessus. Dessin de Marwan

tuile abeille jenna2Tuile abeille vue de dessous. Dessin de Jenna

Le Comité d’entreprise

André Gheysens nous a parlé du Comité d’entreprise qui a été voté par une Loi en 1945. Le comité d’entreprise, c’est une institution qui représente le personnel. Les entreprises qui emploient au moins 25 personnes sont obligées d’en avoir un. André Gheysens a été le secrétaire du Comité d’Entreprise de la tuilerie Roubaud pendant des années.

Il nous a dit qu’il y a deux sortes de collège : le collège des cadres, qui représente les ingénieurs et les contremaîtres, et le collège des ouvriers. Ils doivent s’inscrire sous une étiquette syndicale : CGT, CFDT, FO, etc. Il y a toujours un responsable syndical dans les réunions.

Le comité d’entreprise est constitué par des personnes qui travaillent dans l’usine.

Il y a un Président, c’est le patron de l’usine, un Secrétaire qui est élu par les deux collèges et un Trésorier. C’est le secrétaire qui a la responsabilité du Comité d’entreprise sur beaucoup de plans : sur le plan hiérarchique, sur le plan financier, sur le plan social aussi.

Les membres du Comité d’entreprise se réunissent au moins une fois par mois pour parler d’un certain nombre de projets : améliorations des conditions de travail, amélioration des machines, modifications de la durée du travail ou de l’organisation du travail, etc. Il faut avoir l’avis du Comité d’entreprise pour toute modification du Règlement Intérieur.

Le Comité d’entreprise est obligatoirement convoqué quand il y a un licenciement collectif pour motif économique, par exemple quand l’entreprise veut remplacer des ouvriers par des machines. Il peut y avoir des réunions supplémentaires qui se font à la demande du Président pour traiter un problème important.

Mais le Comité d’entreprise s’occupe aussi des actions sociales : l’aide au logement des employés, l’arbre de Noël (les cadeaux pour les enfants et le personnel), les fêtes de Pâques, les sorties culturelles, les colonies de vacances… Il peut aussi attribuer des secours aux personnes en difficultés.

Le secrétaire est alors assisté du trésorier qui a le carnet de chèques et les chèques émis doivent avoir les deux signatures : la signature du secrétaire et la signature du trésorier. L’argent que détient le Comité d’entreprise, est une somme basée sur un pourcentage du Chiffre d’Affaires ou un pourcentage des sommes distribuées au titre des salaires.

 Clara, Driss, Sabrina, Kiyan

arbre de noel marla2L’arbre de Noël de la SGTM. Dessin de Marla

Les engins

Savez-vous qu’en 1970, pour exploiter le creux d’argile du Pilot, il y avait des dizaines de bulldozers, des chargeurs et une vingtaine de gros camions qui faisaient des va-et-vient dans la carrière et descendaient dans le trou ? André Gheysens était responsable de tout cet équipement et des personnes qui l’utilisaient, depuis l’extraction de l’argile jusqu’à la fabrication des tuiles. Il y avait une soixantaine d’employés sous ses ordres, qui représentaient tous les corps de métiers de la tuilerie Roubaud.

Elliot, Karim, Sony

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Engin dans une carrière. Dessin de Romain

La situation des tuileries dans les années 1970

André Gheysens nous a dit que la plupart des tuileries du Bassin de Séon avaient fermé dès les années 1960, car il y avait moins de débouchés à l’étranger et une concurrence importante avec les tuileries de la région d’Alsace Lorraine et des Charentes. Seules les entreprises qui avaient su se moderniser, en s’équipant notamment du four tunnel, avaient survécu. À son époque, en 1973, il ne restait, dans le Bassin de Séon, que les trois usines Jean Roubaud où il travaillait, et l’usine Joseph Fenouil qui fabriquait des mallons. Il y avait aussi l’usine de La Plata qui était à la place du Collège de l’Estaque et qui fournissait en tuiles l’Argentine et plus généralement l’Amérique du Sud.

Marwan

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Rencontre avec André Gheysens

Mardi 4 décembre, André Gheysens est venu dans notre classe pour nous parler de son poste d’ingénieur à l’usine Jean Roubaud, l’une des dernières tuileries du Bassin de Séon, mais aussi pour nous raconter l’histoire des tuileries à Marseille. À 79 ans, il est aujourd’hui à la retraite. Né à Marcq-en-Barœul, près de Lille, il est venu à Marseille à l’âge de 18 ans, rejoindre ses parents, qui avaient été mutés. Après son baccalauréat, il a fait des études à l’école des Arts et Métiers de Lille pour devenir ingénieur mécanicien. Il a commencé à travailler dans les tuileries à 40 ans comme ingénieur de maintenance. C’est lui qui était responsable de la bonne marche des engins qui travaillaient dans la carrière. Il arrivait du Maroc où il était responsable des installations de chargement sur le Port de Casablanca, puis ingénieur à la Cellulose du Maroc. Il s’occupait de toute la maintenance de cette usine qui fabriquait de la pâte à papier.

Marwan, Luka, Farès, Keyllian, Saoirse, Laura, Jenna, Assia, Loïc

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André Gheyssens

Avant et maintenant : quels changements ?

Amis lecteurs, savez-vous qu’autrefois il y avait des milliers d’ouvriers qui travaillaient 10 à 12 heures par jour pour produire quelques dizaines de tonnes de tuiles, alors que maintenant, cinq à six équipes d’ouvriers, travaillant par roulement de huit heures, peuvent produire aux alentour de 750 tonnes par jour ! Et puis, la sécurité, autrefois, c’était vraiment très moyen ! Dans les tuileries, on avait des espadrilles en tissu aux pieds. Il n’y avait pas de protection près des machines qui tournaient avec des courroies. On pouvait se faire happer un doigt ou un bras… Maintenant il y a davantage de protections et les nouvelles technologies effectuent les tâches les plus dures. Plus rien n’est fait à la main, tout est fait par des machines. Il y a moins d’ouvriers et ceux-ci travaillent moins d’heures. Ils font beaucoup plus de tuiles qu’avant ; le temps de séchage de ces dernières est beaucoup plus rapide et l’argile arrive à la tuilerie directement en poudre, prête à l’emploi.

Elliot, Clara, Soni, Karim, Sabrina, Sophie, Chaïneze

TUILES

Un atelier de la tuilerie Monnier, à Saint-André. C’est la dernière tuilerie du bassin de Séon

Le stockage des mallons

Stocker des mallons, c’était dur pour les ouvriers car ils devaient pousser des « carolines » (des sortes de brouettes) de plus de 100 kilos. Ensuite, ils faisaient des piles avec des paquets de 10 mallons et ils plaçaient au-dessus une grosse brique pour ne pas qu’ils se déforment pendant le stockage et qu’ils restent bien plats. Plus tard, ces mallons étaient chargés à la main sur des camions ou embarqués sur des tartanes, en direction du Port de la Joliette, pour l’exportation.

Driss, Alexandre, Kiyan

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Tartane mallonière. Dessin de Sophie

La fabrication des mallons

Pour fabriquer des mallons, on faisait d’abord passer les pastons d’argile dans deux presses qui en faisaient des carreaux rectangulaires. Puis, les ouvriers les transportaient au séchoir. Après, le séchage, il y avait « l’engobage » : les carreaux étaient trempés dans de l’argile très rouge qui leur donnait la couleur si particulière du carrelage provençal, avec sa surface très lisse. Là, les mallons étaient frappés sur une pierre (un marbre), un par un, pour que toute l’eau s’égoutte et que les deux argiles adhèrent bien.
Ensuite, les mallons passaient entre deux rouleaux de cuivre imprégnés de pétrole pour qu’ils restent humides : un lisse pour le dessus et un autre rayé pour le dessous, afin que le ciment adhère bien au carreau au moment de la pose.
À ce moment de la fabrication, le mallon faisait 23 cm x 23 cm. Donc, il fallait le tailler pour qu’il fasse 20 cm x 20 cm. Il y avait une presse avec quatre lames. Ces lames ne descendaient pas en même temps. Elles coupaient une par une le mallon à 20 cm. Cela faisait quatre mouvements et le carreau était coupé. L’estampille de la tuilerie Barthélémy Fenouil était une tour. Elle se mettait à la fin.

Saoirse, Laura, Merwan, Alexandre

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Une presse. Dessin d’Elliot